FRÈRES 

— critique


Riche d’un humour universel en oubliant le trop ou le pas assez, La compagnie Les Maladroits a visé juste. Ces deux acteurs peignent leur pièce en provoquant des rires qui se transmettent sans aucune frontière de goût : pour simplifier, ça n’était ni trop lourd ni trop léger. C’est bien rare. L’humour mis à part, il y a dans le jeu de chacun de ces deux hommes une coordination qui trahit une confiance de soi et de l’autre remarquable, les acteurs jouent sur la même ligne directrice en alliant parfaitement qui ils sont et leurs personnages, c’est du moins ce que l’on ressent. En réalité, comme le bord de scène l’a révélé, leur jeu n’en est pas totalement un. Oh il est facile pour nous, spectateurs, d’imaginer à quel point cet équilibre est dangereux et pourtant, eux le maintiennent avec confiance et réussite. Ils croient en ce qu’ils jouent et nous y bercent lentement (mais efficacement). On y trouve avec gourmandise un jeu d’objet qui non seulement aide à la compréhension d’un sujet qui n’est pas si intelligible et encore moins anodin, mais qui amène de la légèreté sans équivoque et développe l’éventail artistique de la mise en scène déjà plaisante.

Cette pièce est visuelle, ce qui la rend facile d’accès et fluide, en plus de l’enrichir. C’est un théâtre d’objet travaillé et minutieux, qui touche sans faute le but qu’il vise, qu’on y voit.

Pour donner une situation similaire, c’est comme si deux membres de votre famille vous reconstituaient de manière minutieuse, spectaculairement juste et drôle l’histoire de vos aînés. Vous seriez une fois bouche bée puis l’instant d’après le sourire au lèvre, vivant ces épisodes par procuration. C’est une œuvre à ne surtout pas rater, y aller sans aucune hésitation, c’est un spectacle sans concession aucune, avec pour seul ennui l’histoire qui se confond dans les dunes de sucre. Vous y retrouverez non seulement l’histoire de la guerre espagnole, mais y verrez aussi l’Histoire, la leur, la nôtre, interprétée par des acteurs bien dans leurs prunelles.

Iris Feuillet – Club Les Crieurs — Février 2019