UN BALCON ENTRE CIEL ET TERRE 

— critique


« Un balcon entre ciel et terre » … à prendre au pied de la lettre ! Car ce n’est certainement pas sur Terre que la compagnie Mercimonchou nous entraîne mais bien dans un univers aérien, peuplé de couleurs, de formes et de rêves. L’inspiration ? Le peintre biélorusse Marc Chagall et ses œuvres porteuses des contes et légendes de l’est de l’Europe. Après Johan Miro et René Magritte c’est avec Chagall que Mercimonchou clôt un triptyque consacré à la relation entre la peinture et le réalisme du rêve. Ici pas de psychanalyse hasardeuse, ici le rêve est concret, ici, le spectateur flotte d’espace en espace, de nuage en nuage. Du toit d’une maison jusque sous un chapiteau de cirque, il flotte, sur le dos d’un âne bleu.

Sur Terre, deux interprètes se meuvent au sol, échangent sans parole, se dissimulent derrière des formes d’animaux colorés, marchent sur une corde posée au sol. Au-dessus d’eux, un vaste miroir où se crée l’illusion : deux amoureux se rejoignent dans les airs, virevoltent à travers les nuages, un coq écarlate traverse le ciel, une funambule évolue sur son fil, équilibre incertaine. La musique envahit l’atmosphère, stimule l’imaginaire.

Brillante réussite donc pour Anna Thibaut et Sébastien Fenner, tous deux plasticiens de formation et véritables artisans de l’illusion ‘touches à tout’, deux expérimentateurs adroits qui savent mêler vidéo, peinture, jeux de miroir jusqu’aux techniques de l’holographie dans une adaptation du conte de Blanche-Neige. Tous deux se sont attachés au jeune, très jeune public qu’Anna a l’habitude de côtoyer notamment dans les crèches et dont elle connaît bien les sensibilités : couleurs et musique en tête de liste ! Un public qui observe, s’interroge, comprend, interprète, rit, pleure, toujours à voix haute. Un public qui établit un échange perpétuel entre la salle et le plateau loin d’être désagréable pour les artistes qui se plaisent à chatouiller l’imaginaire rêveur des spectateurs. Celui-ci jaillit instantanément, enjoué, prêt à tout chez les enfants, opération spéléologique de taille parfois chez les parents pour parvenir à grattouiller le gamin rêveur enfoui au fil des années dans les tréfonds de la mémoire. Ont-ils oublié ? Avons-nous oublié que nous aussi avons été de petits êtres déraisonnables ? Un balcon entre ciel et terre c’est un peu de terre pour affronter la vie et un peu de ciel pour en profiter...

Flavie CASTAGNE, 17 ans – Club Les Crieurs — Décembre 2018