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Ay Carmela

29 oct → 4 nov 2019

MJC Rodez

Cie
Le Bruit des Gens

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@cielebruitdesgens


La Cie Le Bruit des Gens a terminé son travail de création dans les murs du Théâtre des 2 Points du mardi 29 octobre au lundi 4 novembre 2019.

L’équipe artistique, accompagné du metteur en scène Olivier Jeannelle, prépare son spectacle « Ay Carmela » de José Sanchis Sinistera. Elle a notamment pu travailler sur la lumière, le son et le jeu d’acteur durant leur résidence au Théâtre des 2 Points.

Zoom sur la création du spectacle « Ay Carmela »

« Avant d’être oublié, nous serons changés en Kitsch. Le Kitsch, c’est la station de correspondance entre l’être et l’oubli. »

Milan Kundera – L’insoutenable légèreté de l’être.

La pièce emprunte son titre à la célèbre chanson des républicains espagnols et des brigades internationales, Ay Carmela, connue aussi sous le nom de El paso del Ebro. Paulino et Carmela, un couple d’artistes de variétés parcourent le pays pendant la guerre civile espagnole, à la recherche de petits contrats pour survivre. A la faveur d’un épais brouillard, ils traversent sans s’en apercevoir la ligne de front près de la petite ville de Belchite récemment « libérée » par les troupes de Franco et de Mussolini. Réquisitionnés par les Franquistes, nos deux saltimbanques sont obligés de se produire devant un parterre de généraux victorieux, pour une « sympathique Soirée Artistique, Culturelle et Patriotique ».

Largement conçu par un capitaine fasciste italien, le spectacle se termine par un numéro destiné à humilier un groupe de miliciens des Brigades Internationales « invités » à assister au spectacle, avant leur mise à mort prévue le lendemain. Pour sauver sa vie, Paulino est prêt à se soumettre aux ordres. Mais Carmela, émue par les jeunes condamnés, se révolte contre l’ignominie et entonne le fameux chant Ay Carmela ! Elle sera immédiatement exécutée sur scène !

La pièce est construite en une série de flash-back entre le soir de la représentation et les jours suivants. José Sanchis Sinisterra n’hésite d’ailleurs pas à faire ressusciter les morts pour qu’ils viennent devant nous régler leurs derniers comptes.

« Paradoxalement, Aristote et Brecht se rejoignaient en installant la fable au cœur de la structure théâtrale mais je ne cessais de me poser cette question : le théâtre est-il condamné à être narratif ? Ou plutôt : peut-il exister une action dramatique qui ne soit pas porteuse d'une histoire, d'une suite d'événements reliés par le principe de causalité ? Ou encore mieux : qu'est-ce que l'action dramatique en soi, avec ou sans fable qui la sustente ? »

José Sanchis Sinisterra.
Ecrits sur le théâtre

La Compagnie MégaSuperThéâtre

Entretien avec Olivier Jeannelle directeur artistique de La Compagnie Le Bruit des Gens

L.M. : Au cours d’un chemin théâtral le plus souvent effectué « en Compagnie », vous avez travaillé, entre autres, à Paris avec Jean-Christian Grinevald ; dans les quartiers de Seine Saint Denis avec Marc-Ange Sanz et l’Empreinte & Cie ; en Région Lorraine où votre compagnie était conventionnée par la DRAC ; en milieu rural avec Anapiesma ; avec le Groupe Ex-Abrupto à Toulouse ; ou encore plus récemment avec Laurent Pérez au sein de l’Emetteur Cie… Comment est née l’envie de cette nouvelle Compagnie Le Bruit des Gens ?

O.J. : Depuis plusieurs mois, je sentais que nos options artistiques à Laurent Pérez et à moi, étaient en train de se singulariser. La « ligne artistique » de l’Emetteur Compagnie que nous dirigions, s’en trouvait floutée, ce qui pouvait entrainer une certaine confusion. Il m’est apparu naturel de lui laisser les rênes de l’Emetteur dont il était le fondateur, et de donner naissance à La Compagnie Le Bruit des Gens, afin qu’elle porte dorénavant mes propres projets de création.

L.M. : Comment définiriez-vous votre singularité artistique, que cette compagnie va donc porter ?

O.J. : Je creuse depuis de nombreuses années le sillon d’un théâtre éminemment politique qui tente de renouer avec l’étymologie du mot théâtre : « l’endroit d’où l’on regarde le monde ». Un monde que j’observe le plus souvent par ses marges, tant il est vrai que ce qui est mis au ban nous renseigne grandement sur ce qui est au centre. Mon théâtre s’attache à repérer et dessiner les lignes de frontière entre des idées ou des forces antagonistes. J’y interroge la capacité de l’individu à réagir à toute forme d’oppression systémique, qu’elle soit politique, culturelle, sociétale ou intime. Loin de tout dogmatisme simplificateur ou moralisateur, ce sont nos disfonctionnements que je tente de mettre en lumière, moins dans un souci d’apporter des réponses que dans celui d’éveiller le questionnement. Finalité revendiquée, je pense, de tout acte théâtral.

L.M. : Où sont vos principales sources d’inspiration ?

O.J. : Dans les textes, sans aucun doute. J’ai besoin de m’appuyer sur des écritures fortes et singulières qui me permettent un travail en prise avec nos problématiques contemporaines. J’ai eu également la chance – on en parlait plus haut -, de croiser sur ma route des hommes et des femmes de théâtre de grande valeur. Leur souvenir nourrit encore aujourd’hui mon travail au quotidien…

L.M. : Comment qualifieriez-vous votre esthétique ?

O.J. : Je me sens affranchi de tout postulat esthétique, ou toute posture formelle héritée d’une quelconque chapelle théâtrale. C’est toujours le fond véhiculé par le texte qui inspire la forme la plus appropriée pour chacune de mes créations. Aucune recette ne permet à mon sens de cuisiner de la même manière Sophocle et Spiro Scimone. Ou encore Marivaux, Turrini, Kroetz, Brecht, Tchekhov, Kaliski, Koltès, Srbljanovic, Rodrigo Garcia, Musset, Max Aub, ou Arrabal…

L.M. : On reconnaît pourtant une certaine unité dans vos spectacles ?

O.J. : J’aime avant tout que la scène soit le lieu d’une prise de parole qui cherche du sens dans les soubresauts de nos sociétés post-modernes déboussolées. Cette parole souvent violente, n’exclut pas une certaine poésie voire un certain symbolisme iconographique. J’aime soigner les images, même les plus épurées, afin comme le disait Vitez de « prendre soin de l’oeil du spectateur. C’est pour cela que je porte, par exemple, une attention très particulière à des lumières « qui racontent » plus qu’elles n’éclairent et un son qui participe au récit plus qu’il ne l’illustre. Mais surtout, je ne cesse de traquer au théâtre, ce que j’appelle « l’irruption du réel » ; ces failles par lesquelles, au détour d’une émotion, jaillit une vérité intime révélatrice d’une humanité complexe, reconnaissable par tous. Par un travail sensible et précis, c’est d’abord aux acteurs que je confie le soin d’incarner cette vérité intime pour la faire apparaître.

L.M. : Le spectateur a souvent une position particulière.

O.J. : Loin d’une coutume consumériste de divertissement culturel, je revendique un théâtre qui offre à chacun la possibilité de prendre place dans une Assemblée Théâtrale élargie, qui dépasse de beaucoup l’espace scénique. Aussi, je questionne systématiquement dans le processus de création, l’angle de perception du public. Le moment de la représentation devant être l’épisode privilégié d’un acte social où acteurs et spectateurs peuvent se reconnaître, se retrouver dans un espace-temps exempt de tout a priori conventionnel.

L.M. : Pour terminer, pourquoi ce nom, Le Bruit des Gens ?

O.J. : Depuis toutes ces années (je commence à avoir l’âge d’un monsieur), j’essaye d’écouter le bruit des gens, pour que de tout le brouhaha du monde, émerge quelques paroles dignes d’être écoutées… Ces paroles, c’est ça : Le Bruit des Gens !

Equipe artistique

Mise en scène
Olivier JEANNELLE

Assistant mise en scène
Christian MOUTELIERE

Avec
Cécile CARLES, Denis REY

Lumière
Didier GLIBERT

Décors - Accessoires
Jean CASTELLAT

Costumes
Alice THOMAS

Musique & Son
François BOMBAGLIA – Aline LOUSTALOT

Production-Diffusion
Loïc MIROUZE